Octobre 2014 – Une jeune prostituée polonaise est torturée dans un bel appartement parisien. Franck Casta, de la PJ parisienne et son adjoint, le lieutenant Bérénice Syvo sont en charge du dossier et vont remonter la filière d’un vaste réseau de prostitution mis sur pied par un dénommé Rabbit.
Au même moment, Marc Bini quitte l’ile de Malte où il vivait reclus depuis une dizaine d’années sous une fausse identité. En phase terminale d’un cancer, il reprend contact avec sa sœur qui le croyait mort et débarque à Nîmes en possession de documents explosifs. Ces documents accablent d’importants hommes politiques, mais également Rabbit.
À Paris, Camille Nazim, une jeune femme orpheline, marginale, traine depuis des années dans le milieu de la délinquance. Elle traque sans relâche le moindre renseignement qui pourrait lui permettre de comprendre pourquoi ses parents ont été assassinés trente ans auparavant. Et par qui ? Camille, surnommée Nazca, va être contactée par Marc Bini qui détient les informations qu’elle cherche.
Au parlement européen, le député espagnol Enrique Parredo, ancien disciple de Franco, parcourt les pays de l’Est à la tête d’une commission d’enquête pour identifier et éliminer les réseaux de prostitution avec l’aide des différentes polices nationales. Son enquête va forcément croiser la route de Rabbit.
Quant au commandant Sam Deligne, ami de Casta, ancien de la BRI, oreille attentive de l’Élysée et détaché à la DCRI, il s’intéresse de près au SAFA (service d’action franco-allemand), une cellule secrète créée par Mitterrand et Kohl pour surveiller et prévenir les actions de la bande à Baader et d’Action Directe. Il découvre que Marc Bini avait déserté le SAFA, peu avant qu’il ne soit dissous par Chirac et Schroeder.
Entre Paris et Bruxelles, Malte et Barcelone, Nîmes et Strasbourg, une course-poursuite qui va durer 3 mois, entre politique et crime organisé, mafias et blanchiment d’argent.
Le premier agresseur, celui qui avait l’œil enflé, s’avança tout près d’elle, bien décidé à lui faire payer sa résistance. Il suspendit son geste une seconde, se méfiant de ces réactions. Camille fut la plus prompte. Elle se saisit de la manche du type et s’agrippant à l’homme de toutes ses forces, elle partit en arrière et poussa de ses deux pieds sur la margelle de la fosse. L’homme, surpris, bascula avec elle dans l’eau, sous le regard mésusé de son acolyte. Camille s’était préparé mentalement à ce plongeon. Elle tira vers le bas le type complètement décontenancé par ce geste et qui s’était mis à gesticuler dès son entrée dans l’eau, voulant se défaire de l’emprise de Camille. La descente fut rapide. Touchant le fond, Camille lança ses jambes et s’enroula autour de la taille de l’homme. Elle se coucha contre le sol de la fosse, maintenant le type par ses pieds enroulés autour de sa taille. De ses deux mains, elle essayait d’empêcher l’homme de se servir de ses bras pour se libérer de l’étreinte.
L’homme était entravé par ses vêtements qui le gênaient considérablement. Et une peur panique s’était emparée de lui. Il avait essayé de frapper au jugé, de se défaire de l’étau qui l’emprisonnait, sans succès. Il sentit sa respiration lui manquer, l’envie de prendre une goulée d’air. Il se débattit, donna des coups de poings sur Camille. Celle-ci répliqua, frappant de ses deux mains l’homme sur la tête, visant les oreilles. L’homme faillit hurler de douleur. Camille insista, voulant provoquer un trouble au niveau de l’oreille interne, d’autant que la pression à dix mètres de profondeur avait aussi une incidence sur son équilibre. L’homme sentit sa tête éclater sous l’effet des coups. Il manquait d’air, étouffait.
Camille resserra sa prise. Elle comprit que ce n’était plus qu’une question de secondes, connaissant le temps d’apnée d’une personne ordinaire. Elle pouvait tenir encore plusieurs minutes, peut-être un peu moins parce qu’elle n’était pas dans des dispositions idéales. L’homme eut un soubresaut, se débattit violemment. Camille le maintint fortement, vit des bulles autour d’eux. C’était fini.
Une brochette bien garnie de personnages tous aussi dissemblables les uns que les autres, du mafieux roumain ou serbe aux policiers de différents services, en passant par des prostituées, une jeune orpheline parisienne et même un député européen, animent ce thriller qui paraît aux éditions Bleu 47 dans la collection Adrénaline, nom parfaitement adapté à cette histoire qui mêle intensément action et suspense. Tous ces personnages entretiennent, au départ, des liens distendus et, pour certains, aucun lien. L’intrigue est complexe et il faut s’accrocher dès le départ pour garder le fil de ces récits qui s’entrecroisent. Ça tombe bien car on a vraiment envie de s’accrocher et de s’immerger dans cette histoire prenante, construite, chapitre après chapitre, comme un puzzle dont le motif se dévoile progressivement. C’est là tout le talent de Claude Poux qui a su échafauder un écheveau savant qu’il dénoue posément, au fil de multiples rebondissements. Claude Poux nous donne à découvrir les dessous des relations entre criminalité et politique à l’échelon européen, avec leur lot de cruauté et leur casting effrayant mais il sait parallèlement mettre en scène des personnages attachants. Un style qui fait alterner phrases longues et phrases courtes, phrases verbales et phrases nominatives, qui donne la primeur au vocabulaire de l’action et qui soigne les dialogues, voilà l’art d’un auteur que je vous invite à découvrir au travers de ce thriller passionnant.